• L'amour caché

    Poète : Félix Arvers (1806-1850)

    Recueil : Mes heures perdues (1833).

     Sonnet.


    Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,
    Un amour éternel en un moment conçu :
    Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,
    Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.

    Hélas ! j'aurai passé près d'elle inaperçu,
    Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire.
    Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre,
    N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.

    Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,
    Elle suit son chemin, distraite et sans entendre
    Ce murmure d'amour élevé sur ses pas.

    À l'austère devoir, pieusement fidèle,
    Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle
    " Quelle est donc cette femme ? " et ne comprendra pas.

    Félix Arvers.
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  • Le Pont Mirabeau

    Poète : Guillaume Apollinaire (1880-1918)

    Recueil : Alcools (1913).

    Sous le pont Mirabeau coule la Seine
     Et nos amours
     Faut-il qu'il m'en souvienne
    La joie venait toujours après la peine.

     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure.

    Les mains dans les mains restons face à face
     Tandis que sous
     Le pont de nos bras passe
    Des éternels regards l'onde si lasse.

     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure.

    L'amour s'en va comme cette eau courante
     L'amour s'en va
     Comme la vie est lente
    Et comme l'Espérance est violente.

     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure.

    Passent les jours et passent les semaines
     Ni temps passé
     Ni les amours reviennent
    Sous le pont Mirabeau coule la Seine.

     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure.

    Guillaume Apollinaire.


     

     
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  • Mignonne, allons voir si la rose

    Poète : Pierre de Ronsard (1524-1585)

    Recueil : Les Odes (1550-1552).

    Mignonne, allons voir si la rose
    Qui ce matin avoit desclose
    Sa robe de pourpre au Soleil,
    A point perdu ceste vesprée
    Les plis de sa robe pourprée,
    Et son teint au vostre pareil.

    Las ! voyez comme en peu d'espace,
    Mignonne, elle a dessus la place
    Las ! las ses beautez laissé cheoir !
    Ô vrayment marastre Nature,
    Puis qu'une telle fleur ne dure
    Que du matin jusques au soir !

    Donc, si vous me croyez, mignonne,
    Tandis que vostre âge fleuronne
    En sa plus verte nouveauté,
    Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
    Comme à ceste fleur la vieillesse
    Fera ternir vostre beauté.

    Pierre de Ronsard.

     

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  •  

    Voici le frais matin.

    Poète : Jean Aicard (1848-1921)

    Recueil : Les jeunes croyances (1867).

    Voici le frais matin, mais tout sommeille encore ;
    Les arbres sont rêveurs dans l'immobilité,
    La nuit trace au fusain des tableaux que l'aurore
    Couvrira d'un pastel sublime, la clarté !

    Les oiseaux ont encore la tête sous leur aile ;
    L'insecte, dans la fleur, n'ouvre pas ses rideaux,
    Et l'onde dit un chant si timide et si frêle
    Qu'on croirait qu'elle a peur dans le lit des ruisseaux.

    Le silence est partout. L'infini se recueille ;
    Les pâles visions meurent avec la nuit,
    Et l'homme sous son toit, la bête sous sa feuille,
    Éveillés ou dormant, ne font encore nul bruit.

    Tout à coup le soleil paraît. L'azur flamboie,
    Et la terre au grand ciel jette son cri d'amour...
    Ainsi, quand tu surgis à mes yeux pleins de joie,
    Délivré de la nuit, je chante un hymne au jour !

    Jean Aicard.


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  • Se voir le plus possible

    Poète : Alfred de Musset (1810-1857)

    Recueil : Poésies nouvelles (1850).

    Sonnet.

    Se voir le plus possible et s'aimer seulement,
    Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge,
    Sans qu'un désir nous trompe, ou qu'un remords nous ronge,
    Vivre à deux et donner son coeur à tout moment ;

    Respecter sa pensée aussi loin qu'on y plonge,
    Faire de son amour un jour au lieu d'un songe,
    Et dans cette clarté respirer librement
    Ainsi respirait Laure et chantait son amant.

    Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême,
    Cest vous, la tête en fleurs, qu'on croirait sans souci,
    C'est vous qui me disiez qu'il faut aimer ainsi.

    Et c'est moi, vieil enfant du doute et du blasphème,
    Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci :
    Oui, l'on vit autrement, mais c'est ainsi qu'on aime.

    Alfred de Musset.

     

     

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  • Il n' a pas d'amour heureux

    Poète : Louis Aragon (1897-1982)

    Recueil : La Diane française (1944).

    Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
    Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
    Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
    Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
    Sa vie est un étrange et douloureux divorce
    Il n'y a pas d'amour heureux

    Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
    Qu'on avait habillés pour un autre destin
    À quoi peut leur servir de se lever matin
    Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
    Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
    Il n'y a pas d'amour heureux

    Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
    Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
    Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
    Répétant après moi les mots que j'ai tressés
    Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
    Il n'y a pas d'amour heureux

    Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
    Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
    Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
    Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
    Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
    Il n'y a pas d'amour heureux.

    Louis Aragon.
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  •  Mois de janvier.

    Poète : François Coppée (1842-1908)

    Recueil : Les mois (1878).

    Songes-tu parfois, bien-aimée,
    Assise près du foyer clair,
    Lorsque sous la porte fermée
    Gémit la bise de l'hiver,

    Qu'après cette automne clémente,
    Les oiseaux, cher peuple étourdi,
    Trop tard, par un jour de tourmente,
    Ont pris leur vol vers le Midi ;

    Que leurs ailes, blanches de givre,
    Sont lasses d'avoir voyagé ;
    Que sur le long chemin à suivre
    Il a neigé, neigé, neigé ;

    Et que, perdus dans la rafale,
    Ils sont là, transis et sans voix,
    Eux dont la chanson triomphale
    Charmait nos courses dans les bois ?

    Hélas ! comme il faut qu'il en meure
    De ces émigrés grelottants !
    Y songes-tu ? Moi, je les pleure,
    Nos chanteurs du dernier printemps.

    Tu parles, ce soir où tu m'aimes,
    Des oiseaux du prochain Avril ;
    Mais ce ne seront plus les mêmes,
    Et ton amour attendra-t-il ?

    François Coppée.
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  • a8f1985d
    JE PARS DANS LE VENT.  
    je pars dans le vent probablement vers le néant.
    Mais si ce néant s’avérait être un trésor,
    je me battrais contre les puissance des ténèbres
    pour faire entendre ma voix
    enrichie de cette expérience nouvelle
    pour vous dire la promesse que j’aurais arrachée au silence.
     Afin que vous sachiez que mon coeur est devenu plus riche,
    mon âme plus universelle;
    que vous sachiez qu’après il y a autre chose,
    autre chose, qui ne peut être que Dieu,
    c’est en réalité vous.
      L’homme  matériel que nous sommes ne peut l’imaginer,
    et encore moins l’appréhender,
    mais je me battrai.je n’ai pas peur de mourir.
     C’est le destin de tout ce qui vit et qui ne vit
    que parce que la mort en marque fin.
     Mais ce qui me navre..ö combien! c’est de m’arrêter d’aimer.
     L’important n’est pas tant d’être aimé,
    d’avoir Dieu dans son coeur, mais d’être dans le coeur de Dieu.
      Ainsi l’amour n’est-il plus un sentiment ponctuel égocentrique
    mais universel!  
    Il englobe tout autour de soi et,
    plus que tout autre sentiment apporte la plénitude,
    le calme, la joie, le bonheur, la compréhension et
    la tolérance, mais aussi l’enthousiasme, la rage de vivre.  
    (Paul Emile Victor)
     

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