• La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
    Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
    Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
    Quelque chien sans abri qui hurle au coin d’un bois.

    Plus de chansons dans l’air, sous nos pieds plus de chaumes.
    L’hiver s’est abattu sur toute floraison ;
    Des arbres dépouillés dressent à l’horizon
    Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

    La lune est large et pâle et semble se hâter.
    On dirait qu’elle a froid dans le grand ciel austère.
    De son morne regard elle parcourt la terre,
    Et, voyant tout désert, s’empresse à nous quitter.

    Et froids tombent sur nous les rayons qu’elle darde,
    Fantastiques lueurs qu’elle s’en va semant ;
    Et la neige s’éclaire au loin, sinistrement,
    Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

    Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
    Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
    Eux, n’ayant plus l’asile ombragé des berceaux,
    Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

    Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
    Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
    De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
    Attendant jusqu’au jour la nuit qui ne vient pas.

    Guy de Maupassant...

     

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  • L’ÂGE D’OR

    Qui se souvient un peu dans le soleil enfui,
    Des grands cieux tournoyant comme une âme légère
    Et des chaudes amours à la couleur si chère,
    Où l’éternité même, un instant, avait lui ?

    Cet âge-là mêlait passion et bien-être ;
    Le jour voluptueux chantait en séraphin ;
    C’était parmi la joie un vertige sans fin
    Peuplé de longs désirs jamais las de renaître.

    Au comble de l’extase au beau rire de miel,
    Chaque enfant tout pareil à quelque fol artiste,
    Survolait, radieux, des marches d’améthyste
    Sous le chevalet nu d’un grandiose arc-en-ciel.

    Les vents clairs s’étoilaient de lunes magnifiques ;
    L’aurore en se voilant s’enivrait de douceur ;
    L’azur qui s’avançait avec des mains de sœur,
    Se délectait pour nous d’incroyables musiques.

    Puis, figure céleste aux charmes frémissants,
    Le rêve sur nos jeux infinis et frivoles,
    Ouvrait des chemins purs choyés par mille idoles,
    Et réchauffait la vie en ses doigts caressants.

    Thierry Cabot

     

     

     

     

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  • Titre : Voici le frais matin.

     

    Poète : Jean Aicard (1848-1921)

     

    Recueil : Les jeunes croyances (1867).

     

    Voici le frais matin, mais tout sommeille encore ;
    Les arbres sont rêveurs dans l'immobilité,
    La nuit trace au fusain des tableaux que l'aurore
    Couvrira d'un pastel sublime, la clarté !

    Les oiseaux ont encore la tête sous leur aile ;
    L'insecte, dans la fleur, n'ouvre pas ses rideaux,
    Et l'onde dit un chant si timide et si frêle
    Qu'on croirait qu'elle a peur dans le lit des ruisseaux.

    Le silence est partout. L'infini se recueille ;
    Les pâles visions meurent avec la nuit,
    Et l'homme sous son toit, la bête sous sa feuille,
    Éveillés ou dormant, ne font encore nul bruit.

    Tout à coup le soleil paraît. L'azur flamboie,
    Et la terre au grand ciel jette son cri d'amour...
    Ainsi, quand tu surgis à mes yeux pleins de joie,
    Délivré de la nuit, je chante un hymne au jour !

    Jean Aicard.

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