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    L’abeille

    Louise Ackermann

    Quand l’abeille, au printemps, confiante et charmée,
    Sort de la ruche et prend son vol au sein des airs,
    Tout l’invite et lui rit sur sa route embaumée.
    L’églantier berce au vent ses boutons entr’ouverts ;
    La clochette des prés incline avec tendresse
    Sous le regard du jour son front pâle et léger.
    L’abeille cède émue au désir qui la presse ;
    Ella aperçoit un lis et descend s’y plonger.
    Une fleur est pour elle une mer de délices.
    Dans son enchantement, du fond de cent calices.
    Elle sort trébuchant sous une poudre d’or.
    Son fardeau l’alourdit, mais elle vole encor.
    Une rose est là-bas qui s’ouvre et la convie ;
    Sur ce sein parfumé tandis qu’elle s’oublie,
    Le soleil s’est voilé. Poussé par l’aquilon,
    Un orage prochain menace le vallon.
    Le tonnerre a grondé. Mais dans sa quête ardente
    L’abeille n’entend rien, ne voit rien, l’imprudente !
    Sur les buissons en fleur l’eau fond de toute part ;
    Pour regagner la ruche il est déjà trop tard.
    La rose si fragile, et que l’ouragan brise,
    Referme pour toujours son calice odorant ;
    La rose est une tombe, et l’abeille surprise
    Dans un dernier parfum s’enivre en expirant.

    Qui dira les destins dont sa mort est l’image ?
    Ah ! combien parmi nous d’artistes inconnus,
    Partis dans leur espoir par un jour sans nuage,
    Des champs qu’ils parcouraient ne sont pas revenus !
    Une ivresse sacrée aveuglait leur courage ;
    Au gré de leurs désirs, sans craindre les autans,
    Ils butinaient au loin sur la foi du printemps.
    Quel retour glorieux l’avenir leur apprête !
    A ces mille trésors épàrs sur leur chemin
    L’amour divin de l’art les guide et les arrête :
    Tout est fleur aujourd’hui, tout sera miel demain.
    Ils revenaient déjà vers la ruche immortelle ;
    Un vent du ciel soufflait, prêt à les soulever.
    Au milieu des parfums la Mort brise leur aile ;
    Chargés comme l’abeille, ils périssent comme elle
    Sur le butin doré qu’ils n’ont pas pu sauver.

    Louise Ackermann, Premières Poésies, 1871

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  • TIMILO

    https://zitop.blogspot.com

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    Lolita

     

    Perdue : Dolorès Haze. Signalement :
    Bouche « éclatante », cheveux « noisette » ;
    Age : cinq mille trois cents jours (presque quinze ans)
    Profession : « néant » (ou bien « starlette »).

    Où va-t-on te chercher, Dolorès quel tapis
    Magique vers quel astre t’emporte ?
    Et quelle marque a-t-elle – Antilope ? Okapi ? –
    La voiture qui vibre à ta porte ?

    Qui est ton nouveau dieu ! Ce chansonnier bâtard,
    Pince-guitare au bar Rimatane ?
    Ah, les beaux soirs d’antan quand nous restions si tard
    Enlacés près du feu, ma Gitane ?

    Ce maudit würlitzer, Lolita, me rend fou !
    Avec qui danses-tu, ma caillette ?
    Toi et lui en blue jeans et maillot plein de trous,
    Et moi, seul dans mon coin, qui vous guette.

    Mac Fatum, vieux babouin, est bienheureux, ma foi !
    Avec sa femme enfant il voyage,
    Et la farfouille au frais, dans les parcs où la loi
    Protège tout animal sauvage.

    Lolita ! Ses yeux gris demeuraient grands ouverts
    Lorsque je baisais sa bouche close.
    Dites, connaissez-vous le parfum « soleils verts » ?
    Tiens, vous êtes français, je suppose ?

    L’autre soir, un air froid d’opéra m’alita.
    Son fêlé – bien fol est qui s’y fie !
    Il neige. Le décor s’écroule, Lolita !
    Lolita, qu’ai-je fait de ta vie ?

    C’est fini, je me meurs, ma Lolita, ma Lo !
    Oui je meurs de remords et de haine,
    Mais ce gros poing velu je le lève à nouveau,
    A tes pieds, de nouveau, je me traîne.

    Hé, l’agent ! Les voilà – rasant cette lueur
    De vitrine que l’orage écrase ;
    Socquettes blanches : c’est elle ! Mon pauvre coeur !
    C’est bien elle, c’est Dolorès Haze.

    Sergent rendez-la moi, ma Lolita, ma Lo
    Aux yeux si cruels, aux lèvres si douces.
    Lolita : tout au plus quarante et un kilos,
    Ma Lo : haute de soixantes pouces.

    Ma voiture épuisée est en piteux état,
    La dernière étape est la plus dure.
    Dans l’herbe d’un fossé je mourrai, Lolita,
    Et tout le reste est littérature.

     

    Vladimir Nabokov (1899-1977)
    Romancier, poète, traducteur et critique littéraire. Son roman Lolita paru en 1955 fait scandale aux Etats-Unis : il est refusé par les éditeurs américains et doit être publié à Paris, mais la critique y reconnaît un chef-d'œuvre.
    Sa vie, son oeuvre sur Wikipédia

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