• L’ÂGE D’OR

    Qui se souvient un peu dans le soleil enfui,
    Des grands cieux tournoyant comme une âme légère
    Et des chaudes amours à la couleur si chère,
    Où l’éternité même, un instant, avait lui ?

    Cet âge-là mêlait passion et bien-être ;
    Le jour voluptueux chantait en séraphin ;
    C’était parmi la joie un vertige sans fin
    Peuplé de longs désirs jamais las de renaître.

    Au comble de l’extase au beau rire de miel,
    Chaque enfant tout pareil à quelque fol artiste,
    Survolait, radieux, des marches d’améthyste
    Sous le chevalet nu d’un grandiose arc-en-ciel.

    Les vents clairs s’étoilaient de lunes magnifiques ;
    L’aurore en se voilant s’enivrait de douceur ;
    L’azur qui s’avançait avec des mains de sœur,
    Se délectait pour nous d’incroyables musiques.

    Puis, figure céleste aux charmes frémissants,
    Le rêve sur nos jeux infinis et frivoles,
    Ouvrait des chemins purs choyés par mille idoles,
    Et réchauffait la vie en ses doigts caressants.

    Thierry Cabot

     

     

     

     

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  • Titre : Voici le frais matin.

     

    Poète : Jean Aicard (1848-1921)

     

    Recueil : Les jeunes croyances (1867).

     

    Voici le frais matin, mais tout sommeille encore ;
    Les arbres sont rêveurs dans l'immobilité,
    La nuit trace au fusain des tableaux que l'aurore
    Couvrira d'un pastel sublime, la clarté !

    Les oiseaux ont encore la tête sous leur aile ;
    L'insecte, dans la fleur, n'ouvre pas ses rideaux,
    Et l'onde dit un chant si timide et si frêle
    Qu'on croirait qu'elle a peur dans le lit des ruisseaux.

    Le silence est partout. L'infini se recueille ;
    Les pâles visions meurent avec la nuit,
    Et l'homme sous son toit, la bête sous sa feuille,
    Éveillés ou dormant, ne font encore nul bruit.

    Tout à coup le soleil paraît. L'azur flamboie,
    Et la terre au grand ciel jette son cri d'amour...
    Ainsi, quand tu surgis à mes yeux pleins de joie,
    Délivré de la nuit, je chante un hymne au jour !

    Jean Aicard.

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