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  • Titre : Conseils à une parisienne

    Poète : Alfred de Musset (1810-1857)

    Recueil : Poésies nouvelles (1850).

    Oui, si j'étais femme, aimable et jolie,
    Je voudrais, Julie,
    Faire comme vous ;
    Sans peur ni pitié, sans choix ni mystère,
    A toute la terre
    Faire les yeux doux.

    Je voudrais n'avoir de soucis au monde
    Que ma taille ronde,
    Mes chiffons chéris,
    Et de pied en cap être la poupée
    La mieux équipée
    De Rome à Paris.

    Je voudrais garder pour toute science
    Cette insouciance
    Qui vous va si bien ;
    Joindre, comme vous, à l'étourderie
    Cette rêverie
    Qui ne pense à rien.

    Je voudrais pour moi qu'il fût toujours fête,
    Et tourner la tête,
    Aux plus orgueilleux ;
    Être en même temps de glace et de flamme,
    La haine dans l'âme,
    L'amour dans les yeux.

    Je détesterais, avant toute chose,
    Ces vieux teints de rose
    Qui font peur à voir.
    Je rayonnerais, sous ma tresse brune,
    Comme un clair de lune
    En capuchon noir.

    Car c'est si charmant et c'est si commode,
    Ce masque à la mode,
    Cet air de langueur !
    Ah ! que la pâleur est d'un bel usage !
    Jamais le visage
    N'est trop loin du coeur.

    Je voudrais encore avoir vos caprices,
    Vos soupirs novices,
    Vos regards savants.
    Je voudrais enfin, tant mon coeur vous aime,
    Être en tout vous-même...
    Pour deux ou trois ans.

    Il est un seul point, je vous le confesse,
    Où votre sagesse
    Me semble en défaut.
    Vous n'osez pas être assez inhumaine.
    Votre orgueil vous gêne ;
    Pourtant il en faut.

    Je ne voudrais pas, à la contredanse,
    Sans quelque prudence
    Livrer mon bras nu ;
    Puis, au cotillon, laisser ma main blanche
    Traîner sur la manche
    Du premier venu.

    Si mon fin corset, si souple et si juste,
    D'un bras trop robuste
    Se sentait serré,
    J'aurais, je l'avoue, une peur mortelle
    Qu'un bout de dentelle
    N'en fût déchiré.

    Chacun, en valsant, vient sur votre épaule
    Réciter son rôle
    D'amoureux transi ;
    Ma beauté, du moins, sinon ma pensée,
    Serait offensée
    D'être aimée ainsi.

    Je ne voudrais pas, si j'étais Julie,
    N'être que jolie
    Avec ma beauté.
    Jusqu'au bout des doigts je serais duchesse.
    Comme ma richesse,
    J'aurais ma fierté.

    Voyez-vous, ma chère, au siècle où nous sommes,
    La plupart des hommes
    Sont très inconstants.
    Sur deux amoureux pleins d'un zèle extrême,
    La moitié vous aime
    Pour passer le temps.

    Quand on est coquette, il faut être sage.
    L'oiseau de passage
    Qui vole à plein coeur
    Ne dort pas en l'air comme une hirondelle,
    Et peut, d'un coup d'aile,
    Briser une fleur.

     

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  • Se voir le plus possible

    Poète : Alfred de Musset (1810-1857)

    Recueil : Poésies nouvelles (1850).

    Sonnet.

    Se voir le plus possible et s'aimer seulement,
    Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge,
    Sans qu'un désir nous trompe, ou qu'un remords nous ronge,
    Vivre à deux et donner son coeur à tout moment ;

    Respecter sa pensée aussi loin qu'on y plonge,
    Faire de son amour un jour au lieu d'un songe,
    Et dans cette clarté respirer librement
    Ainsi respirait Laure et chantait son amant.

    Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême,
    Cest vous, la tête en fleurs, qu'on croirait sans souci,
    C'est vous qui me disiez qu'il faut aimer ainsi.

    Et c'est moi, vieil enfant du doute et du blasphème,
    Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci :
    Oui, l'on vit autrement, mais c'est ainsi qu'on aime.

    Alfred de Musset.

     

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  • Premier frisson de l'hiver

    Sonnet : Que j’aime le premier frisson d’hiver…

    Alfred de Musset

    Que j’aime le premier frisson d’hiver ! le chaume,
    Sous le pied du chasseur, refusant de ployer !
    Quand vient la pie aux champs que le foin vert embaume,
    Au fond du vieux château s’éveille le foyer ;

    C’est le temps de la ville. – Oh ! lorsque l’an dernier,
    J’y revins, que je vis ce bon Louvre et son dôme,
    Paris et sa fumée, et tout ce beau royaume
    (J’entends encore au vent les postillons crier),

    Que j’aimais ce temps gris, ces passants, et la Seine
    Sous ses mille falots assise en souveraine !
    J’allais revoir l’hiver. – Et toi, ma vie, et toi !

    Oh ! dans tes longs regards j’allais tremper mon âme ;
    Je saluais tes murs. – Car, qui m’eût dit, madame,
    Que votre coeur si tôt avait changé pour moi ?

    Alfred de Musset

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