• une chanson désespérée


    Pour que tu m'entendes
    mes mots parfois s'amenuisent
    comme la trace des mouettes sur la plage.

    Collier, grelot ivre
    pour le raisin de tes mains douces.

    Mes mots je les regarde et je les vois lointains.
    Ils sont à toi bien plus qu'à moi.
    Sur ma vieille douleur ils grimpent comme un lierre.

    Ils grimpent sur les murs humides.
    Et de ce jeu sanglant tu es seule coupable.

    Ils sont en train de fuir de mon repaire obscur.
    Et toi tu emplis tout, par toi tout est empli.

    Ce sont eux qui ont peuplé le vide où tu t'installes,
    ma tristesse est à eux plus qu'à toi familière.

    Ils diront donc ici ce que je veux te dire,
    et entends-les comme je veux que tu m'entendes.

    Habituel, un vent angoissé les traîne encore
    et parfois l'ouragan des songes les renverse.

    Tu entends d'autres voix dans ma voix de douleur.
    Pleurs de lèvres anciennes, sang de vieilles suppliques.

    Ma compagne, aime-moi. Demeure là. Suis-moi.
    Ma compagne, suis-moi, sur la vague d'angoisse.

    Pourtant mes mots prennent couleur de ton amour.
    Et toi tu emplis tout, par toi tout est empli.

    Je fais de tous ces mots un collier infini
    pour ta main blanche et douce ainsi que les raisins

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  • Presque en dehors du ciel

    Presque en dehors du ciel, ancre entre deux montagnes,
    le croissant de la lune.
    Tournante, errante nuit, terrassière des yeux,
    pour compter les étoiles dans la mare, en morceaux.

    Elle est la croix de deuil entre mes sourcils, elle fuit.
    Forge de métaux bleus, nuits de lutte cachée,
    tourne mon coeur, et c'est un volant fou.
    Fille venue de loin, apportée de si loin,
    son regard est parfois un éclair sous le ciel.
    Incessante complainte et tempête tourbillonnant dans sa furie,
    au-dessus de mon coeur passe sans t'arrêter.
    Détruis, disperse, emporte, ô vent des sépultures, ta racine assoupie.
    De l'autre côté d'elle arrache les grands arbres.
    Mais toi, épi, question de fumée, fille claire.
    La fille née du vent et des feuilles illuminées.
    Par-delà les montagnes nocturnes, lis blanc de l'incendie
    ah! je ne peux rien dire! De toute chose elle était faite.

    Couteau de l'anxiété qui partagea mon coeur
    c'est l'heure de cheminer, sur un chemin sans son sourire.
    Tempête, fossoyeur des cloches, trouble et nouvel essor de la tourmente,
    Pourquoi la toucher, pourquoi l'attrister maintenant.

    Ah! suivre le chemin qui s'éloigne de tout,
    que ne fermeront pas la mort, l'hiver, l'angoisse
    avec leurs yeux ouverts au coeur de la rosée

    Pablo Neruda

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  • Nous avons encore perdu

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  • Résultat de recherche d'images pour "image couple noir et blanc"

    Sonnet 89

    A ma mort tu mettras tes deux mains sur mes yeux,
    Et que le blé des mains aimées, que leur lumière
    Encore un coup sur moi étendent leur fraîcheur,
    Pour sentir la douceur qui changea mon destin.

    A t’attendre endormi, moi je veux que tu vives,
    Et que ton oreille entende toujours le vent;
    Que tu sentes le parfum aimé de la mer,
    Et marches toujours sur le sable où nous marchâmes.

    Ce que j’aime, je veux qu’il continue à vivre,
    Toi que j’aimais, que je chantais par dessus tout,
    Pour cela, ma fleurie, continue à fleurir,

    Pour atteindre ce que mon amour t’ordonna,
    Pour que sur tes cheveux se promène mon ombre,
    Et pour que soit connue la raison de mon chant.

    Pablo Neruda (1904-1973)
    Sonnet 89, La Centaine d'amour
    Poète, écrivain, diplomate, homme politique et penseur chilien, il est considéré comme l'un des quatre grand de la poésie chilienne.

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  • Résultat de recherche d'images pour "rire"

    Tu peux m'ôter le pain,

    m'ôter l'air, si tu veux ;

    ne m'ôte pas ton rire;

    Ne m'ôte pas la rose,

    le fer que tu égrènes

    ni l'eau qui brusquement

    éclate dans ta joie

    ni la bague d'argent

    qui déferle de toi.

    De ma lutte si dure

    je rentre les yeux las

    quelquefois d'avoir vu

    la terre qui ne change

    mais, dès le seuil, ton rire

    monte au ciel, me cherchant

    et ouvrant pour moi toutes

    les portes de la vie.

    A l'heure la plus sombre

    égrène, mon amour,

    ton rire, et si tu vois

    mon sang tâcher soudain

    les pierres de la rue,

    ris : aussitôt ton rire

    se fera pour mes mains

    fraîche lame d'épée.

    Dans l'automne marin

    fais que ton rire dresse

    sa cascade d'écume

    et au printemps, amour,

    que ton rire soit comme

    la fleur que j'attendais,

    la fleur guède, la rose

    de mon pays sonore.

    Moque-toi de la nuit,

    du jour et de la lune,

    moque-toi de ces rues

    divagantes de l'île,

    moque-toi de cet homme

    amoureux maladroit,

    mais lorsque j'ouvre, moi,

    les yeux ou les referme,

    lorsque mes pas s'en vont,

    lorsque mes pas s'en viennent,

    refuse-moi le pain,

    l'air, l'aube, le printemps,

    mais ton rire jamais

    car alors j'en mourrais


    Pablo NERUDA

    Les vers du Capitaine

    (1904 - 1973)

     

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