• Femme et chatte

     

    Elle jouait avec sa chatte,
    Et c’était merveille de voir
    La main blanche et la blanche patte
    S’ébattre dans l’ombre du soir.

    Elle cachait – la scélérate ! –
    Sous ces mitaines de fil noir
    Ses meurtriers ongles d’agate,
    Coupants et clairs comme un rasoir.

    L’autre aussi faisait la sucrée
    Et rentrait sa griffe acérée,
    Mais le diable n’y perdait rien…
    Et dans le boudoir où, sonore,
    Tintait son rire aérien,
    Brillaient quatre points de phosphore.

    Paul Verlaine, Poèmes saturniens

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  • Ecoutez la chanson

     

    Écoutez la chanson bien douce

    Écoutez la chanson bien douce
    Qui ne pleure que pour vous plaire.
    Elle est discrète, elle est légère :
    Un frisson d'eau sur de la mousse !

    La voix vous fut connue (et chère?),
    Mais à présent elle est voilée
    Comme une veuve désolée,
    Pourtant comme elle encore fière,

    Et dans les longs plis de son voile
    Qui palpite aux brises d'automne,
    Cache et montre au coeur qui s'étonne
    La vérité comme une étoile.

    Elle dit, la voix reconnue,
    Que la bonté c'est notre vie,
    Que de la haine et de l'envie
    Rien ne reste, la mort venue.

    Elle parle aussi de la gloire
    D'être simple sans plus attendre,
    Et de noces d'or et du tendre
    Bonheur d'une paix sans victoire.

    Accueillez la voix qui persiste
    Dans son naïf épithalame.
    Allez, rien n'est meilleur à l'âme
    Que de faire une âme moins triste !

    Elle est en peine et de passage,
    L'âme qui souffre sans colère,
    Et comme sa morale est claire !...
    Écoutez la chanson bien sage.

    Paul Verlaine, Sagesse

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  • Puisque l'aube grandit...

     

    Puisque l'aube grandit, puisque voici l'aurore,
    Puisque, après m'avoir fui longtemps, l'espoir veut bien
    Revoler devers moi qui l'appelle et l'implore,
    Puisque tout ce bonheur veut bien être le mien,

    C'en est fait à présent des funestes pensées,
    C'en est fait des mauvais rêves, ah ! c'en est fait
    Surtout de l'ironie et des lèvres pincées
    Et des mots où l'esprit sans l'âme triomphait.

    Arrière aussi les poings crispés et la colère
    A propos des méchants et des sots rencontrés;
    Arrière la rancune abominable ! arrière
    L'oubli qu'on cherche en des breuvages exécrés !

    Car je veux, maintenant qu'un Être de lumière
    A dans ma nuit profonde émis cette clarté
    D'une amour à la fois immortelle et première,
    De par la grâce, le sourire et la bonté,

    Je veux, guidé par vous, beaux yeux aux flammes douces,
    Par toi conduit, ô main où tremblera ma main,
    Marcher droit, que ce soit par des sentiers de mousses
    Ou que rocs et cailloux encombrent le chemin ;

    Oui, je veux marcher droit et calme dans la Vie,
    Vers le but où le sort dirigera mes pas,
    Sans violence, sans remords et sans envie :
    Ce sera le devoir heureux et gais combats.

    Et comme, pour bercer les lenteurs de la route,
    Je chanterai des airs ingénus, je me dis
    Qu'elle m'écoutera sans déplaisir sans doute ;
    Et vraiment je ne veux pas d'autre Paradis.

    Paul Verlaine,

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  •  http://ekladata.com/i14ZO53QJdUZQGu_CZljD5smYms.jpg

    Titre : Le ciel est par-dessus le toit

     

    Poète : Paul Verlaine (1844-1896)

     

    Recueil : Sagesse (1881).

     

    Le ciel est, par-dessus le toit,
     Si bleu, si calme !
    Un arbre, par-dessus le toit,
     Berce sa palme.

    La cloche, dans le ciel qu'on voit,
     Doucement tinte.
    Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
     Chante sa plainte.

    Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là
     Simple et tranquille.
    Cette paisible rumeur-là
     Vient de la ville.

    Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
     Pleurant sans cesse,
    Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
     De ta jeunesse ?

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