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    Les jonquilles

    Les jonquilles curieuses !
    par Ray78


    Sur la pelouse Les jonquilles curieuses Ecarquillent leurs grands yeux. Fleurs migratrices De l’hiver au printemps. Pimpantes elles vont au supplice, Par le temps qui les porte En longues cohortes. Programmées Pa la nature régénératrice. Fleurs de carême, Pâles comme des pénitents, Elles exhibent un bel ictère D’un groupe de dignitaires. Le vent tutellaire les contraint à se prosterner. Elles se penchent, toutes, en cadence, Comme à l’opéra on danse. Fières et rebelles elles se redressent Flexibles et prestes. Simples, modestes, et timides Loin des pesticides, Elles se dissimulent, sauvages, Craintives et bien sages Dans les sous bois. Grégaires, le ceuilleur pour leur plaire Les noue en bouquet serrées. Les promeneurs croyant porter Des petits soleils Les voient rapidement décliner Et les vouent à la corbeille Triste sort pour des fleurs Nées pour louer la lumière. Les jonquilles curieuses Ecarquillent leurs grands yeux.

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    L’abeille

    Louise Ackermann

    Quand l’abeille, au printemps, confiante et charmée,
    Sort de la ruche et prend son vol au sein des airs,
    Tout l’invite et lui rit sur sa route embaumée.
    L’églantier berce au vent ses boutons entr’ouverts ;
    La clochette des prés incline avec tendresse
    Sous le regard du jour son front pâle et léger.
    L’abeille cède émue au désir qui la presse ;
    Ella aperçoit un lis et descend s’y plonger.
    Une fleur est pour elle une mer de délices.
    Dans son enchantement, du fond de cent calices.
    Elle sort trébuchant sous une poudre d’or.
    Son fardeau l’alourdit, mais elle vole encor.
    Une rose est là-bas qui s’ouvre et la convie ;
    Sur ce sein parfumé tandis qu’elle s’oublie,
    Le soleil s’est voilé. Poussé par l’aquilon,
    Un orage prochain menace le vallon.
    Le tonnerre a grondé. Mais dans sa quête ardente
    L’abeille n’entend rien, ne voit rien, l’imprudente !
    Sur les buissons en fleur l’eau fond de toute part ;
    Pour regagner la ruche il est déjà trop tard.
    La rose si fragile, et que l’ouragan brise,
    Referme pour toujours son calice odorant ;
    La rose est une tombe, et l’abeille surprise
    Dans un dernier parfum s’enivre en expirant.

    Qui dira les destins dont sa mort est l’image ?
    Ah ! combien parmi nous d’artistes inconnus,
    Partis dans leur espoir par un jour sans nuage,
    Des champs qu’ils parcouraient ne sont pas revenus !
    Une ivresse sacrée aveuglait leur courage ;
    Au gré de leurs désirs, sans craindre les autans,
    Ils butinaient au loin sur la foi du printemps.
    Quel retour glorieux l’avenir leur apprête !
    A ces mille trésors épàrs sur leur chemin
    L’amour divin de l’art les guide et les arrête :
    Tout est fleur aujourd’hui, tout sera miel demain.
    Ils revenaient déjà vers la ruche immortelle ;
    Un vent du ciel soufflait, prêt à les soulever.
    Au milieu des parfums la Mort brise leur aile ;
    Chargés comme l’abeille, ils périssent comme elle
    Sur le butin doré qu’ils n’ont pas pu sauver.

    Louise Ackermann, Premières Poésies, 1871

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