L'éloge de la peinture
Sait donner du relief, de l’âme, et de la vie :
Ce n’est rien qu’une toile, on pense voir des corps
Quand je veux, avec l’art je confonds la nature :
De deux peintres fameux qui ne sait l’imposture ?
Pour preuve du savoir dont se vantaient leurs mains,
L’un trompa les oiseaux, et l’autre les humains.
Je transporte les yeux aux confins de la terre :
Il n’est événement ni d’amour, ni de guerre,
Que mon art n’ait enfin appris à tous les yeux.
Les mystères profonds des enfers et des cieux
Sont par moi révélés, par moi l’oeil les découvre ;
Que le soleil nous quitte, ou qu’il vienne nous voir
Qu’il forme un beau matin, qu’il nous montre un beau soir,
J’en sais représenter les images brillantes.
Mon art s’étend sur tout ; c’est par mes mains savantes
Que les champs, les déserts, les bois et les cités,
Vont en d’autres climats étaler leurs beautés.
Je fais qu’avec plaisir on peut voir des naufrages,
Et les malheurs de Troie ont plu dans mes ouvrages :
Tout y rit, tout y charme ; on y voit sans horreur
L’inhumaine Clothon qui marche sur leurs traces ;
Jugez avec quels traits je sais peindre les Grâces.
Dans les maux de l’absence on cherche mon secours :
Je console un amant privé de ses amours ;
Chacun par mon moyen possède sa cruelle.
Si vous avez jamais adoré quelque belle
(Et je n’en doute point, les sages ont aimé),
Vous savez ce que peut un portrait animé :
Dans les coeurs les plus froids il entretient des flammes.
Je pourrais vous prier par celui de vos dames ;
En faveur de ses traits, qui n’obtiendrait le prix ?
Mais c’est assez de Vaux pour toucher vos esprits
Le pot de fleurs
Titre : Le pot de fleurs
Poète : Théophile Gautier (1811-1872)
Parfois un enfant trouve une petite graine
Et tout d'abord, charmé de ses vives couleurs,
Pour la planter il prend un pot de porcelaine
Orné de dragons bleus et de bizarres fleurs.
Il s'en va. La racine en couleuvres s'allonge,
Sort de terre, fleurit et devient arbrisseau ;
Chaque jour, plus avant, son pied chevelu plonge,
Tant qu'il fasse éclater le ventre du vaisseau.
L'enfant revient ; surpris, il voit la plante grasse
Sur les débris du pot brandir ses verts poignards ;
Il la veut arracher, mais la tige est tenace ;
Il s'obstine, et ses doigts s'ensanglantent aux dards.
Ainsi germa l'amour dans mon âme surprise ;
Je croyais ne semer qu'une fleur de printemps :
C'est un grand aloès dont la racine brise
Le pot de porcelaine aux dessins éclatants.























