Les fleurs de Novembre
Un bourdon vient d'émouvoir le cœur de ce chrysanthème,
En ce jour où l'automne a repris à l'été ses habits,
C'est ici que réapparaissent les ombres que l'on aime,
Quand on voit s'écouler leur vie sur le marbre trop gris ?
Mais la fleur est coupée, pourquoi vouloir la féconder,
Le bourdon est comme moi, coupé de toute logique,
Croire que d'un geste on pourrait tout changer,
L'histoire ne retient que les côtés tragiques.
Les fleurs de Novembre ont-elles pris de l'avance,
En épanchant ainsi leur cœur de velours noir,
Où l'insecte bourdonnant de fausses espérances,
S'est brûlé aux flammes des souvenirs, ce soir ?
Sous la jupe en pétales d'une fleur unicolore,
Un cœur rempli de contritions est venu se blottir,
Sous ce drôle de soleil, une longue minute encore,
De ce que fut une vie et qui est devenu souvenirs.
Dans la transparence des éthers, médite le poète,
Si les années passées l'ont désigné Troubadour,
Comment pourrait-il écrire avec une plume d'aigrette,
Comment pourrait-il dire adieu si ce n'est d'un cri d'amour ?
TIMILO
www.lejardinpoétiquedetimilo.com
Le soir, dans une vallée
Déjà le soir de sa vapeur bleuâtre
Enveloppait les champs silencieux ;
Par le nuage étaient voilés les cieux :
Je m’avançais vers la pierre grisâtre.
Du haut d’un mont une onde rugissant
S’élançait : sous de larges sycomores,
Dans ce désert d’un calme menaçant,
Roulaient des flots agités et sonores.
Le noir torrent, redoublant de vigueur,
Entrait fougueux dans la forêt obscure
De ces sapins, au port plein de langueur,
Qui, négligés comme dans la douleur,
Laissent tomber leur longue chevelure,
De branche en branche errant à l’aventure.
Se regardant dans un silence affreux,
Des rochers nus s’élevaient, ténébreux ;
Leur front aride et leurs cimes sauvages
Voyaient glisser et fumer les nuages :
Leurs longs sommets, en prisme partagés,
Etaient des eaux et des mousses rongés.
Des liserons, d’humides capillaires,
Couvraient les flancs de ces monts solitaires ;
Plus tristement des lierres encor
Se suspendaient aux rocs inaccessibles ;
Et contrasté, teint de couleurs paisibles,
Le jonc, couvert de ses papillons d’or,
Riait au vent sur des sites terribles.
Mais tout s’efface, et surpris de la nuit,
Couché parmi des bruyères laineuses,
Sur le courant des ondes orageuses
Je vais pencher mon front chargé d’ennui.
François-René de Chateaubriand


































