Camélia et Pâquerettes
Titre : Camélia et Pâquerette
Poète : Théophile Gautier (1811-1872)
On admire les fleurs de serre
Qui loin de leur soleil natal,
Comme des joyaux mis sous verre,
Brillent sous un ciel de cristal.
Sans que les brises les effleurent
De leurs baisers mystérieux,
Elles naissent, vivent et meurent
Devant le regard curieux.
A l'abri de murs diaphanes,
De leur sein ouvrant le trésor,
Comme de belles courtisanes,
Elles se vendent à prix d'or.
La porcelaine de la Chine
Les reçoit par groupes coquets,
Ou quelque main gantée et fine
Au bal les balance en bouquets.
Mais souvent parmi l'herbe verte,
Fuyant les yeux, fuyant les doigts,
De silence et d'ombre couverte,
Une fleur vit au fond des bois.
Un papillon blanc qui voltige,
Un coup d'oeil au hasard jeté,
Vous fait surprendre sur sa tige
La fleur dans sa simplicité.
Belle de sa parure agreste
S'épanouissant au ciel bleu,
Et versant son parfum modeste
Pour la solitude et pour Dieu.
Sans toucher à son pur calice
Qu'agite un frisson de pudeur,
Vous respirez avec délice
Son âme dans sa fraîche odeur.
Et tulipes au port superbe,
Camélias si chers payés,
Pour la petite fleur sous l'herbe
En un instant, sont oubliés !
L'amour est cerise
Dans sa robe bariolée Vert, blanc soutachée de rouge
Ses joues vermeilles Elle danse, balance
Ma miss Napoléon Mon nez à ses jupons
« L’amour est cerise »J’en goûte le prédicat
Chair blanche Dont le doux jus Ourle le menton J’aime la merise,
Sauvage Cueillie, feuilles à la retrousse Ai-je assez un cœur de pigeon ou un cœur de bœuf ?
Pour abuser des belles « Cerises d’amour aux robes pareilles
Tombant sous la feuille en gouttes de sang » Je goute à tout : bigarreaux, montmorency,
Cerise malgache à la jupe côtelée Jusqu’au temps Où je découvris ma cherry Une burlat pourpre
Ou était –ce une cerise du brésil Noire Dont je tombai aussitôt
Raide dingue Dont le jus me tachait aussitôt les doigts
Stigmate cassis du péché originel Tardive amourette
Dont je me trouvai vite Gros jean comme devant
Ce qui me rendit tout jaune Je me fis du verjus avec guignes et griottes,
Et désormais
« Moi qui ne crains pas les peines cruelles
Je ne vivrai point sans souffrir un jour »
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