Le soleil
Le long du vieux faubourg, où pendent aux masures
Les persiennes, abri des secrètes luxures,
Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés
Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,
Je vais m’exercer seul à ma fantasque escrime,
Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,
Trébuchant sur les mots comme sur les pavés,
Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.
Ce père nourricier, ennemi des chloroses,
Eveille dans les champs les vers comme les roses ;
Il fait s’évaporer les soucis vers le ciel,
Et remplit les cerveaux et les ruches de miel.
C’est lui qui rajeunit les porteurs de béquilles
Et les rend gais et doux comme des jeunes filles,
Et commande aux moissons de croître et de mûrir
Dans le coeur immortel qui toujours veut fleurir !
Quand, ainsi qu’un poète, il descend dans les villes,
Il ennoblit le sort des choses les plus viles,
Et s’introduit en roi, sans bruit et sans valets,
Dans tous les hôpitaux et dans tous les palais.
Donne la main
Donne la main
Donne la main, petit homme !
Accroche-toi à ces deux bras,
tu peux t'y fier, ils ne te lâcheront pas.
Avance,
lance tes jambes en avant,
l'une après l'autre,
chaque pied ne quitte le sol
que pour mieux le retrouver,
et prendre appui
et rebondir d'un nouvel élan.
Avance,
le monde est devant toi.
Ton regard découvre
et s'étonne à chaque pas
de voir un peu plus loin.
Ta marche
déplace l'horizon
et chaque pas nouveau
est une découverte.
Avance,
et maintenant, lâche-toi,
cherche ton équilibre
et trouve ton aplomb.
Tu regardes en arrière
Guettant
Le sourire de ta mère...
Mais te voilà déjà par terre
Christiane Gaud-Descouleurs




































