Aux Femmes
S’il arrivait un jour, en quelque lieu sur terre,
Qu’une entre vous vraiment comprît sa tâche austère,
Si, dans le sentier rude avançant lentement,
Cette âme s’arrêtait à quelque dévouement,
Si c’était la Bonté sous les cieux descendue,
Vers tous les malheureux la main toujours tendue,
Si l’époux, si l’enfant à ce cœur ont puisé,
Si l’espoir de plusieurs sur Elle est déposé,
Femmes, enviez-la. Tandis que dans la foule
Votre vie inutile en vains plaisirs s’écoule,
Et que votre cœur flotte, au hasard entraîné,
Elle a sa foi, son but et son labeur donné.
Enviez-la. Qu’il souffre ou combatte, c’est Elle
Que l’homme à son secours incessamment appelle,
Sa joie et son appui, son trésor sous les cieux,
Qu’il pressentait de l’âme et qu’il cherchait des yeux,
La colombe au cou blanc qu’un vent du ciel ramène
Vers cette arche en danger de la famille humaine,
Qui, des saintes hauteurs en ce morne séjour,
Pour branche d’olivier a rapporté l’amour.
Et que votre cœur flotte, au hasard entraîné,
Elle a sa foi, son but et son labeur donné.
Enviez-la ! Qu’il souffre ou combatte, c’est Elle
Que l’homme à son secours incessamment appelle,
Sa joie et son espoir, son rayon sous les cieux,
Qu’il pressentait de l’âme et qu’il cherchait des yeux,
La colombe au cou blanc qu’un vent du ciel ramène
Vers cette arche en danger de la famille humaine,
Qui, des saintes hauteurs en ce morne séjour,
Pour branche d’olivier a rapporté l’amour.
Le vieux goëland
Le vieux goëland
C’était un fier oiseau, farouche et solitaire,
Au bec crochu d’or pâle, aux pieds d’ambre, à l’oeil clair,
Aux flots verts, à la nue, aux brisans, au grand air !
Ils l’avaient pris dans un de ces jours de tempête
Où Satan, sur les mers, déchaîne son Sabbat…
Un harpon lui cassa l’aile au lieu de la tête
Et ils en firent un forçat !
Dans le fond d’une cour aux quatre angles de pierre,
Ils l’avaient interné, ce sauvage reclus,
Qui restait, toujours l’oeil rentré sous sa paupière,
Comme un rêveur qui songe à ce qu’il ne voit plus !
Oh ! lui, qui quand la mer se creusait en abîmes
Comme il a dû souffrir, ce fils des pics sublimes,
Des pierres plates de sa cour !
Comme il a dû souffrir sur la dalle poudreuse
Où son pied se séchait, encor trempé d’éther !
Comme il a dû souffrir de cette vie affreuse
Faite d’ennui du ciel et d’ennui de la mer !
Que je l’ai vu de fois, hérissé dans sa plume,
Le blême oiseau, - fait pierre aussi par la douleur !
Son aile grise était comme un manteau de brume
Pendant sur sa morne blancheur…
Il se tenait rigide en cette cour déserte,
Alors les yeux ouverts, bec ouvert, aile ouverte,
Vers le passant, l’oiseau tout à coup s’en courait !
De son gosier sortait un cri strident et rauque,
Le cri sifflant du vent dans des agrès mouillés,
Et fixant ce passant d’un oeil féroce et glauque
Il voulait lui percer les pieds !
Et si c’était les pieds de quelque jeune fille,
De ces pieds élégants, au souple brodequin,
Qui, sveltes et cambrés, moulés à la cheville,
Font craquer en marchant l’agaçant maroquin,
Alors… oh ! c’est alors que plus féroce encore
Comme si ces doux pieds divins, que l’homme adore,
Étaient l’horreur des Goëlands !
Que t’avaient-ils donc fait, ces pauvres pieds de femme,
Pour te mettre en fureur rien qu’à les voir passer ?…
Que te rappelaient-ils ?… Le branle de la lame
Sur laquelle autrefois tu pouvais te bercer ?
Mutilé du harpon, aux rancunes cruelles,
Tombé des airs, tombé des pics, tombé des mâts !
Ils te narguaient, ces pieds, - tu les croyais des ailes…
Goëland, tu ne rêvais pas !
Le rêve d’un captif que rend fou la douleur !
Vieux pirate échoué sur cette horrible grève,
Ces pieds, - ces pieds charmants qui passaient, - ces pieds d’Ève
Que l’on prend dans sa main et qu’on met sur son coeur,
Mais qui n’y restent pas, légers, prompts, infidèles,
Faits pour nous fuir après être venus à nous,
O mon vieux Goëland, c’étaient bien là des ailes !
Et toi, - tu t’en sentais jaloux !






















