Voici le frais matin
Voici le frais matin
Poète : Jean Aicard (1848-1921)
Voici le frais matin, mais tout sommeille encore ;
Les arbres sont rêveurs dans l'immobilité,
La nuit trace au fusain des tableaux que l'aurore
Couvrira d'un pastel sublime, la clarté !
Les oiseaux ont encore la tête sous leur aile ;
L'insecte, dans la fleur, n'ouvre pas ses rideaux,
Et l'onde dit un chant si timide et si frêle
Qu'on croirait qu'elle a peur dans le lit des ruisseaux.
Le silence est partout. L'infini se recueille ;
Les pâles visions meurent avec la nuit,
Et l'homme sous son toit, la bête sous sa feuille,
Éveillés ou dormant, ne font encore nul bruit.
Tout à coup le soleil paraît. L'azur flamboie,
Et la terre au grand ciel jette son cri d'amour...
Ainsi, quand tu surgis à mes yeux pleins de joie,
Délivré de la nuit, je chante un hymne au jour !
La fin de l'automne
La fin de l'automne,
de Jacques Villebrune.
J'aime les pâles jours de la fin de l'automne,
La forêt qui se meurt, et son feuillage amer,
Le vent, dans les bouleaux, qui souffle monotone :
Tout pleure les étés, tout annonce l'hiver ;
Tout nous dit : La saison tiède nous abandonne,
Fais, dans l'âtre joyeux, pétiller un feu clair,
Profite des avis que la nature te donne,
Et prépare un doux nid à l'être qui t'est cher.
Et j'aime aussi les soirs pâles de la vieillesse,
Quand le plaisir léger du jeune âge nous laisse :
Elle est grave et muette, elle songe, elle dort ;
Un penser plus profond, sévère, naît en elle,
Son déclin la prépare à la vie éternelle,
Et son sommeil s'essaye au sommeil de la mort.
Jacques Villebrune
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