Oeufs de Pâques
Voici venir Pâques fleuries,
Et devant les confiseries
Les petits vagabonds s’arrêtent, envieux.
Ils lèchent leurs lèvres de rose
Tout en contemplant quelque chose
Qui met de la flamme à leurs yeux.
Leurs regards avides attaquent
Les magnifiques œufs de Pâques
Qui trônent, orgueilleux, dans les grands magasins,
Magnifiques, fermes et lisses,
Et que regardent en coulisse
Les poissons d’avril, leurs voisins.
Les uns sont blancs comme la neige.
Des copeaux soyeux les protègent.
Leurs flancs sont faits de sucre. Et l’on voit, à côté,
D’autres, montrant sur leurs flancs sombres
De chocolat brillant dans l’ombre,
De tout petits anges sculptés.
Les uns sont petits et graciles,
Il semble qu’il serait facile
D’en croquer plus d’un à la fois ;
Et d’autres, prenant bien leurs aises,
Unis, simples, pansus, obèses,
S’étalent comme des bourgeois.
Tous sont noués de faveurs roses.
On sent que mille bonnes choses
Logent dans leurs flancs spacieux
L’estomac et la poche vides,
Les pauvres petits, l’œil avide,
Semblent les savourer des yeux.
Marcel Pagnol
Ce jardin captif....
Danser encore, retrouver l'ivresse du printemps,
Le chaud soleil d'ici dans les rues de ma ville,
Et ses fontaines criantes qui deviennent des îles,
De fraîcheur sur des pelouses ocrées par le vent.
Le cœur vide de tout et pourtant plein d'absence,
Danser dans la torpeur des longs après-midis,
Être plus fou que sage, distrait, tandis
Que le soleil brûle ma peau de souvenances.
Par un doux matin, contempler l'horizon,
Jauni d'une de nos photos dans son livre,
Puis respirer son air de tramontane, ivre,
Qui passait sur l'Agly en défrisant ses ponts.
Danser ainsi au bord de sa grande lagune,
Goûter l'indifférent plaisir d'aimer moins,
Ecarter le parfum las des roses de juin,
Lourdes de symboles qu'on cueillait une par une.
Puis quand mon moi enfin s'ouvre à la raison,
Le soir devient l'écho d'un coquillage,
Me disant qu'il n'est beau ici que ton visage,
Qu'il n'est plus beau jardin que le nôtre en cette saison.
Malgré la terre heureuse et la douceur des choses;
Ne plus rien désirer vraiment qui ne soit de toi,
Que ce jardin captif qui danse entre nos doigts,
Roseraie irréelle où la beauté se repose.
Qui fleurit l'hiver alors que tout se meurt,
Et d'un désir plus lourd pendant que la nuit tombe,
Sur moi, le vent d'ici berce les tombes,
Des souvenirs qui ne s'éveillent que de bonne heure.
TIMILO
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