Un fort vent.....
De notre recueil d'amour...
Sur la plage, comme un être invisible,
Je perçois mes soupirs dans l'eau qui dort, paisible,
Sans savoir s'ils sont d'aujourd'hui, où d'y à dix ans.
Dans le frémissement de la terre endormie,
Prémices d'un monde entre la vie et la mort,
Mes souvenirs qui traînent dans la mélancolie,
Me révèlent que tout notre présent dort.
Le doux halètement de la mer qui sommeille,
Exalte dans l'air un fort parfum iodé,
Méditerranée, ô mer! reine et merveille,
Coffret cadenassé d'un mystère dévoilé.
Mer ! combien je voudrais que tes eaux léthargiques,
M'endorment pour toujours dans ton immensité,
Ma barque glisserait comme un cygne magique,
Dont le chant sur tes ondes ne pourrait capté.
Ce matin j'écris, un fort vent tourne les pages,
D'un recueil d'amour qu'il aura vite lu,
Le ressac efface aussi mes pas sur la plage,
A croire que la mer n'aime pas, mes pas perdus.
TIMILO
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Le ciel est par-dessus le toit

Titre : Le ciel est par-dessus le toit
Recueil : Sagesse (1881).
Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.
La cloche, dans le ciel qu'on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
Chante sa plainte.
Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.
Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?
Rire-poème-

Tu peux m'ôter le pain,
m'ôter l'air, si tu veux ;
ne m'ôte pas ton rire;
Ne m'ôte pas la rose,
le fer que tu égrènes
ni l'eau qui brusquement
éclate dans ta joie
ni la bague d'argent
qui déferle de toi.
De ma lutte si dure
je rentre les yeux las
quelquefois d'avoir vu
la terre qui ne change
mais, dès le seuil, ton rire
monte au ciel, me cherchant
et ouvrant pour moi toutes
les portes de la vie.
A l'heure la plus sombre
égrène, mon amour,
ton rire, et si tu vois
mon sang tâcher soudain
les pierres de la rue,
ris : aussitôt ton rire
se fera pour mes mains
fraîche lame d'épée.
Dans l'automne marin
fais que ton rire dresse
sa cascade d'écume
et au printemps, amour,
que ton rire soit comme
la fleur que j'attendais,
la fleur guède, la rose
de mon pays sonore.
Moque-toi de la nuit,
du jour et de la lune,
moque-toi de ces rues
divagantes de l'île,
moque-toi de cet homme
amoureux maladroit,
mais lorsque j'ouvre, moi,
les yeux ou les referme,
lorsque mes pas s'en vont,
lorsque mes pas s'en viennent,
refuse-moi le pain,
l'air, l'aube, le printemps,
mais ton rire jamais
car alors j'en mourrais
Pablo NERUDA
Les vers du Capitaine
(1904 - 1973)






































