Habillée au goût du bonheur

Publié le par Elettra

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  • Habillée au goût du bonheur
    Elle traversa mes années
    Sans jamais parler du bonheur.
    Et le soir cheminant l'allée,
    Cheminant les sentiers des lièvres,
    Elle disait de petits mots
    Qui s'en allaient hors de ses lèvres
    Comme l'eau frisée du ruisseau
    Qui coupait en deux nos journées.

    Passant le pont, penchée vers l'eau,
    Penchée vers l'eau que disait-elle ?
    « Tous les oiseaux battent de l'aile
    Quand le courant tire le ciel.
    Chaque poisson est un oiseau
    Tombé d'amour, tombé à l'eau
    Pendant les messes de Noël. »

    Habillée au goût du bonheur
    Elle traversait la prairie
    En berçant un bouquet de fleurs,
    Un bouquet de Vierge Marie
    Qui était lourd comme un enfant.
    Enfant fleuri en ses bras blancs,
    Petites filles endormies
    Qu'elle apportait à la maison,
    Amour en chapeau de prairie
    Aux couleurs de chaque saison.

    En traversant notre prairie
    Elle disait, berçant les fleurs :
    « Les moutons de la bergerie
    Ont fui les armes du malheur
    Et moutonnent au ciel d'orage.
    Dès que s'annonce le danger
    Chaque mouton devient nuage,
    Nuages de moutons légers
    Partis au vent, haut sur la côte,
    Lorsque s'éloigne le berger
    Pour la messe de Pentecôte. »

    Louise de Vilmorin

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