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      Le présent s'embellit du passé.

    Recueil : Les saisons (1769)

    Quand je me dis le soir sous mon toit solitaire,
    J'ai fait ce jour encor le bien que j'ai pu faire ;
    Mon cœur s'épanouit ; j'éprouve en un tel instant
    Une céleste joie, un saint ravissement ;

    Et ce plaisir divin souvent se renouvelle ;
    Le temps n'en détruit pas le souvenir fidèle,
    On en jouit toujours ; et dans l'âge avancé,
    Le présent s'embellit des vertus du passé.

    Du temps, vous le voyez, j'ai senti les outrages ;
    Déjà mes yeux éteints sont chargés de nuages ;
    Mon corps est affaissé sous le fardeau des ans :
    Mais, sans glacer mon cœur, l'âge affaiblit mes sens ;

    J'embrasse avec ardeur les plaisirs qu'il me laisse.
    De cœurs contents de moi j'entoure ma vieillesse ;
    Je m'occupe, je pense, et j'ai pour volupté
    Ce charme que le ciel attache à la bonté.

    Jean-François de Saint-Lambert.

     
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